Résumé
Un couple s’installe dans une tour sur une île et contemple chaque jour les petites bêtes vivant sur l’estran et dans les herbes. Par un renversement des échelles et des points de vue, le film établit une étrange relation entre regardeurs et regardés. Tandis que les petits vivants tentent de dire leur fragilité face aux explorations intrusives, de quelle inquiétude les êtres humains font-ils l’expérience?
L'avis de Tënk
Lorsque l’on évoque le cinéma animalier, on pense généralement aux mammifères, incluant à l’occasion quelques insectes familiers : abeilles, fourmis, chenilles. La proposition ici est de se tourner vers l’infini variété des vivants qui échappent à notre regard. Ou que celui-ci ignore. Le film s’ouvre sur un rivage maritime tour à tour révélé et voilé, où mottes de terre, cailloux et algues se muent en bulles gélatineuses évoquant le flou originaire. La mise au point, sur le lointain, laisse l’avant-plan imprécis ou inversement, selon le mouvement de la caméra (ou du regard). Du lointain au tout proche, des couches de visibilité se superposent. Métaphore du nécessaire ajustement permettant de percevoir nos voisins si proches qui disparaissent pourtant dans la matière : par exemple, cette paroi rocheuse dont une partie s’anime et devient crabe. S’installe alors une convention qui permet d’observer avec précision et clarté ces êtres vivants tandis que les humains demeurent flous. À la manière d’un conte sorti de l’imaginaire des cinéastes et d’une sensibilité du 21e siècle, ce film rappelle par ailleurs que les humain·e·s que nous sommes, sur une échelle de taille et de distance, se situent quelque part entre la lune et la chthamale cerf-volant, un crustacé qui mesure cinq millimètres. Question de regard et d’attention, surtout.
Diane Poitras
Professeure et co-directrice du labdoc
Université du Québec à Montréal