Résumé
Le bonheur est un état tautologique. Pourquoi est-on heureux? Parce qu’on est heureux. C’est très simple. Et ça sent bon. Encore heureux que l’on puisse être heureux. Cette bande vidéo a été réalisée dans le cadre de la Manif d’art 2003 à Québec, portant sur le bonheur et les simulacres.
L'avis de Tënk
Les questions les plus simples convoquent souvent les réponses les plus complexes. À « Qu’est-ce que le bonheur ? », Sylvie Laliberté réplique par des moues, des grimaces et des babillages en forme de solutions. Alors que rien ni personne ne la provoque, c’est la vidéaste qui prend le malheur par les cornes afin de s’assurer qu’il reste hors du cadre. Tourné dans un appartement pas du tout maquillé, Il n’est pas innocent que le bonheur soit heureux débute comme une infopub de joie à vaporiser. L’autrice incarne une panoplie de personnages en changeant seulement de ton, toujours enrobée de son imperméable à pois. Une fois, c’est une enfant. La fois suivante, c’est une ouvrière, puis une intello. Mais toutes ont une vision du bonheur sur le bout de la langue, à partager dans la forme qui est la leur et à qui Laliberté rend hommage. Car qu’est-ce que son cinéma sinon une œuvre de balbutiements qui se découvrent et qui trouvent pied ? Grâce à ses images joueuses et ses grimaces qui ne craignent aucun ridicule, Laliberté donne à voir que le bonheur n’appartient à personne parce qu’il appartient à tout le monde. Sous tous ses bruits, toutes ses envolées; il est aussi valable sous la forme d’un grognement que sous celle d’un discours impeccablement prononcé. Même après tout ce temps, le flacon de joie présenté dans la vidéo est bien là, à côté de vous ou derrière votre écran. Cherchez-le, il s’y trouve, c’est garanti.
Mathieu Li-Goyette
Critique de cinéma, programmateur, chercheur
et rédacteur en chef de la revue Panorama-cinéma