Résumé
Le Roman algérien est un film pensé en trois chapitres qui nous éclaire de façon sensible sur les relations complexes d’une nation à son histoire et le rôle des images dans la construction de son roman national et de ses archétypes.
L'avis de Tënk
Qu'est-ce que l'Histoire nationale, sinon un récit édifié sur les décombres de celleux qu'il occulte? C'est la piste qu'emprunte l'enquête iconographique de Katia Kameli. Se dépliant en trois chapitres distincts, ce « roman » polyphonique questionne le rapport trouble de l'Algérie à ses propres images et aux symboles que ces dernières fabriquent. Les résonances personnelles et philosophiques de plusieurs interlocuteur·trice·s s'y répondent et s'entrechoquent, révélant qu'une image se transforme au gré du regard qui en actualisera la réalité.
À partir du fameux kiosque de cartes postales de la rue Larbi Ben M'hidi à Alger, le film revisite d’abord les archives photographiques à la fois révolutionnaires et coloniales de la capitale, donnant à voir le rapport à l'histoire et à l'identité qu'elles suscitent chez celleux qui les côtoient. Le deuxième chapitre convoque la philosophe Marie-José Mondzain, née à Alger, qui replonge dans ces mêmes archives pour réfléchir à la complexité d'une mémoire nationale trouée. Certains épisodes, comme la décennie noire, en sont pratiquement effacés.
L'ultime chapitre suit Mondzain au cœur du Hirak en 2019 : dans l'éclatement des manifestations, un flot de mémoires occultées semble soudain surgir, révélant que malgré la volonté nationaliste de l’état, la potentialité des images résiste à toute volonté d'unification. Le passé algérien ne se laisse pas réduire à une seule voix et l’enquête de Kameli ne cesse de faire apparaître, presque par hasard, ses multiples visages.
Renato Rodriguez-Lefebvre
Auteur et docteur en littérature comparée