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88 jours
88 min
Mexique, États-Unis, 2020

Production : RR Cinema, La Maroma Producciones
Espagnol, Nahuatl
Anglais

Prix spécial du jury · Hot Docs 2020

Ce qu'on n'a pas brûlé : mémoires sur l'archive coloniale



Résumé


À l’occasion du 500e anniversaire de la conquête espagnole du Mexique en 2021, le réalisateur Rodrigo Reyes propose une audacieuse expérience de cinéma hybride qui explore l’héritage brutal du colonialisme dans le Mexique contemporain. À travers le regard d’un conquistador fantomatique, le film reconstitue l’épopée d’Hernán Cortés, depuis les côtes de Veracruz jusqu’à la capitale aztèque de Tenochtitlan, aujourd’hui Mexico. Au fil des rencontres de ce personnage fictif anachronique avec de véritables victimes de la guerre contre la drogue au Mexique et des communautés autochtones en résistance, le cinéaste inscrit la crise humanitaire actuelle du pays dans la continuité d’un projet colonial inachevé et toujours à l’œuvre, près de cinq siècles plus tard.

L'avis de Tënk


Le passé et le futur s’entremêlent lorsqu’un conquistador de Hernan Cortés est subitement transporté dans un Mexique contemporain, à la veille de la 500e année de commémoration de l’invasion du pays. L’explorateur voyage et rencontre les ruines de la violence coloniale, dont les nouvelles formes – féminicides, narco-politique, corruption, kidnapping, etc. – prolongent la destruction des liens humains. L’œuvre de Rodrigo Reyes ne maquille en rien la brutalité du sort des personnes disparues, en donnant la parole à leurs proches qui refusent de les oublier. Ces aveux sont livrés au personnage principal, ce conquistador-fantôme qui erre vers Mexico sans comprendre quel jeu du destin l’a détourné de sa mission prétendument civilisatrice.

Ce personnage appartient à tout un répertoire de figures grotesques, avares, cruelles. Mais il fait office de marginal au sein de cette famille masculine et exemplaire de la domination. Loin d’être le conquérant enragé dépeint dans Aguirre, la colère de Dieu (1972), le conquistador se transforme en le témoin de la déroute de son héritage. La mélancolie qui le gagne au fur et à mesure qu’il se décentre des récits d’aventure et de gloire ayant nourri la conquête, a de quoi surprendre. Ce désenchantement de l’histoire par un acteur de la rapine ne vient que de son écoute, par laquelle il en vient à se congédier de son propre rôle de « vainqueur ».

 

Renato Rodriguez-Lefebvre
Auteur et docteur en littérature comparée

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