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94 jours
25 min
France, 2022

Production : Chlo Lavalette
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Français, Anglais

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Résumé


S’inspirant d’une conversation Skype à la fois profonde, maladroite et pleine d’humour entre le chercheur français Chlo Lavalette et l’artiste légendaire Carolee Schneemann, cet essai expérimental évocateur explore la question de savoir si – et à quel prix – les spectateur·trice·s devraient aider les œuvres d’art à s’affranchir de l’intentionnalité de leurs auteur·trice·s et de l’esprit du temps dans lequel elles ont été créées, et s’interroge sur les possibilités contemporaines d’un certain héritage féministe.

L'avis de Tënk


Mené durant la rédaction d’une thèse portant sur le(s) statut(s) de la nudité dans les arts de la scène, ce desktop documentary de Chlo Lavalette m’évoque la structure de l’oignon que l’on pèle, couche par couche. Il nous montre d’abord un problème technique : le rendez-vous Skype avec la grande Carolee Schneemann se déroulera sans l’image de l’artiste que l’on interroge pourtant au sujet de la nudité de son corps dans les œuvres Site (Robert Morris, 1963) et Meat Joy (Schneemann, 1964). En contrepartie, ce problème implique d’être vue (autrement dit : Chlo Lavalette ne peut pas voir Carolee Schneemann, mais Schneemann peut voir Chlo Lavalette). Assumant cet échec technique, le film transforme le malaise généré en condition de surgissement et de questions sous-jacentes : la nudité peut-elle se déplacer (du corps de l’artiste vers le regard aveuglé de la personne qui l’interroge)? Un problème technique assumé ne serait-il pas, également, une forme de nudité choisie? Et la voix, ne serait-elle pas à tout prendre un corps nu?

Chlo Lavalette avance, visible et aveugle, dans la nuit de l’écran, dans l’opacité de la pensée, dans l’abime creusé entre les waves féministes, cherchant à la fois à poser ses idées et ses impressions, dans une autre langue que la sienne tout en créant un contact avec Schneemann; cherchant à rendre justice à ses résistances interprétatives et à tendre ces résistances comme une sonde, à écrire des phrases qui ne savent pas forcément où elles vont, mais qui persistent dans leur trajectoire. « Crap, crap, crap, crap, crap ! » tonnera à un moment Schneemann. Avec humour, Chlo Lavalette se montre montrée par Schneemann, instaurant dans les strates sensibles de son film (noir écranique, voix, mots écrits, images de motifs d’œuvre travaillés par Rémi Dauvergne) un état de nudité, en tant que force de circulation entre les êtres et les œuvres. 


 

Maude Trottier
Rédactrice en chef, revue Hors champ

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